Méthodologie expérimentale : l’influence de la médiation animale sur le tonus

Cet article a été rédigé par Constance Moyon, étudiante en deuxième année à l’Institut Supérieur de Rééducation Psychomotrice de Paris, dans le cadre de ses recherches autour de la régulation tonico-émotionnelle et de la médiation animale.

 

Vous pouvez suivre son travail sur son compte Instagram : @pea_zootherapie

Quand l’animal devient co-régulateur : médiation canine et spasticité

 

La régulation tonico-émotionnelle, c’est-à-dire la capacité d’un individu à moduler son tonus musculaire et ses états émotionnels, joue un rôle central dans le bien-être et le fonctionnement au quotidien.

 

Dans ce contexte, les interventions non médicamenteuses visant à favoriser la détente et la gestion du stress suscitent un intérêt croissant. La médiation animale, qui consiste à intégrer la présence d’animaux dans un cadre thérapeutique ou éducatif, a montré des effets prometteurs sur la réduction de l’anxiété, l’amélioration de l’humeur et la relaxation physiologique.

Tonus et émotion, un dialogue permanent

 

En effet, la médiation animale repose sur le lien profond qui unit l’humain à l’animal, pour apporter un soutien aux personnes vulnérables. Grâce à l’intervention d’animaux spécifiquement éduqués, elle contribue à améliorer ou préserver le bien-être physique, psychologique et social des participants. Cette approche repose sur une interaction entre trois acteurs : le bénéficiaire, l’animal et le médiateur.

 

L’objectif de l’intervenant est d’encourager des réponses stimulantes qui mobilisent les capacités physiques, psychologiques, sociales et émotionnelles du participant et d’entrer en relation.

 

Nous vous présentons un projet de méthodologie expérimentale visant à explorer l’impact de la médiation animale sur la régulation tonico émotionnelle, en évaluant les changements du niveau de détente du tonus de fond chez les participants avant et après les séances. Dans la littérature selon Gisèle Soubiran et Ajuriaguerra, nous pouvons apprécier le tonus de fond au travers de la tension musculaire de la personne, au repos. Quant au tonus d’action, il se mesure lors d’un mouvement volontaire ou d’un effort. Le tonus d’attitude s’observe lors du maintien postural et enfin le tonus émotionnel se manifeste de part la modulation tonique en lien avec la relation et l’affectivité. L’objectif est de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à ces effets et de proposer des pistes d’applications concrètes dans le domaine thérapeutique et éducatif.

 

Grâce à cette expérience que nous proposons autour de la médiation animale, nous allons pouvoir constater l’ampleur de l’impact que peut avoir la
présence animale auprès de patients présentant une spasticité motrice. C’est pourquoi, nous avons orienté nos recherches afin de vérifier la problématique suivante : En quoi l’influence de la médiation canine contribue à une régulation tonico-émotionnelle plus efficiente au quotidien, notamment auprès d’un public porteur de troubles moteurs avec spasticité associée ?

 

Méthode : mesure du tonus avant et après séance de médiation canine

 

Pour réaliser ce projet de méthodologie de recherche, nous avons mené nos observations auprès d’un petit groupe de quatre jeunes, de 20 à
23 ans, accueillis en Établissement et Services pour Enfants et Adolescents Polyhandicapés (EEAP). Le deuxième groupe est composé de jeunes valides (non porteurs de handicap), de la même tranche d’âge. Ainsi nous pouvons mesurer si ces effets positifs sont appréciables spécifiquement auprès d’un public polyhandicapé ou s’ils génèrent des réactions psychomotrices sur la population en général.

 

Cette comparaison aide à mieux comprendre et valoriser la médiation animale comme outil thérapeutique en psychomotricité. Pour ce faire, nous faisons passer le test du Ballant inclue dans la méthode de relaxation Gisèle Soubiran, avant et après le déroulement de la séance de médiation canine.

 

La comparaison des résultats de niveaux de détente entre le groupe de personnes polyhandicapées puis du groupe valide permet de comparer les effets corporels et relationnels de ces interventions.

 

Résultats obtenus : une différence significative

Avant médiation animale Après médiation animale
Moyenne groupe polyhandicap Moyenne totale M=19,75 Moyenne totale M=29,25 +9,5
Moyenne groupe valide Moyenne totale M=31,33 Moyenne totale M=34 +2,67

L’effet de la médiation animale, permettant d’accéder à un certain niveau de détente tonico-émotionnelle, avant et après est plus marqué de +9,5 chez les personnes polyhandicapées. Chez les personnes valides (ayant une meilleure fonctionnalité et adaptabilité dans leur régulation tonico-émotionnelle), la différence avant et après séance est de +2,67.

 

Donc, en moyenne les sujets du groupe polyhandicap montrent une meilleure réponse de détente à la suite de la séance de médiation animale que les sujets du groupe valide.

 

 

 

Pour conclure

 

Les résultats obtenus dans cette étude montrent que la médiation canine a un réel impact positif surla régulation tonico-émotionnelle. En effet, après la séance les participants présentent globalement un tonus de fond plus détendu, ce qui va dans le sens de la première hypothèse formulée.

 

On observe cependant que cet effet est plus marqué chez les sujets polyhandicapés que chez les sujets valides. Cela peut s’expliquer par un tonus de départ plus spastique chez le groupe polyhandicap, laissant davantage de place à une évolution après la médiation.

 

À l’inverse, les sujets valides disposent déjà d’une régulation tonique plus efficiente, ce qui limite les variations observées. Ces éléments permettent ainsi de valider l’hypothèse d’interaction. Ces résultats apportent une réponse à la problématique en soulignant l’intérêt de la médiation canine en psychomotricité, en particulier auprès de personnes présentant des troubles moteurs avec spasticité associée.

 

La relation à l’animal semble favoriser un relâchement corporel et un apaisement émotionnel, tout en soutenant la dimension relationnelle. Il serait toutefois pertinent de prolonger les observations et mesures du tonus de fond auprès de ces patients, à plus long terme. En effet cela pourrait ainsi permettre d’apprécier d’autres aspects psychomoteurs comme la motricité fine, la communication, la relation à l’autre etc.

 

Bibliographie

 

Giselle Soubiran, A. (2018). 3. Développement de l’examen psychomoteur. Manuel d’enseignement en psychomotricité : tome 5, Examen psychomoteur et tests, 42.

 

Un parcours riche de passion

 

Je m’appelle Constance MOYON et mon parcours académique et professionnel traverse la psychologie, le handicap et l’éducatif, pour aujourd’hui s’ancrer en psychomotricité : là où le corps devient un véritable médiateur de soin et de relation.

 

Aujourd’hui, je suis étudiante en deuxième année à l’Institut Supérieur de Rééducation Psychomotrice de Paris.

 

Après avoir découvert la médiation animale au travers de l’équithérapie dans l’accompagnement de jeunes en situation de handicap, je me suis profondément convaincue des bénéfices de la zoothérapie.

 

La médiation animale constitue un outil particulièrement convaincant dans l’accompagnement des patients, car elle agit comme un puissant facilitateur relationnel et émotionnel. La présence de l’animal, stable et non jugeante, favorise l’apaisement, diminue l’anxiété et soutient la régulation tonicoémotionnelle à travers le contact sensoriel et le rythme partagé. Elle permet également de contourner certaines résistances verbales, en offrant un tiers médiateur qui rend la relation plus accessible et moins frontale.

 

En mobilisant simultanément le corps, l’affect et l’engagement relationnel, la médiation animale enrichit la dynamique thérapeutique et renforce l’adhésion au soin, notamment chez des patients en retrait, méfiants ou en difficulté de régulation émotionnelle.

Découvrir plus d'articles

Retrouvez nos articles spécialisés sur la médiation animale.